Les peuples de la Mer

 

Carlos MOREU

La guerre de Troie

Traduit par Odile Serbera

Ithaque éditions 71bis chemin de Cézérau 31270 Cugnaux

215 pages 21,50 euros

Dans une maison d’édition spécialisée de la région de Toulouse, M. Carlos Moreu, archéologue étudiant l’âge de bronze, tente une remarquable analyse des conditions de ce que cache l’Iliade.

C’est Emmanuel de Rougé (1811 – 1872), célèbre égyptologue, professeur au Collège de France, qui a le premier soulevé le problème de savoir qui étaient exactement ces « peuples de la mer » qui s’emparèrent du delta du Nil et menacèrent la puissance de Ramsès III (1200-1179 av. J.C.) Son prédécesseur avait vaincu une nation mentionnée par la Bible sous le nom de Hittim, à Kadesch (actuelle Syrie) : les Hittites, des Indo-Européens vivant en Anatolie dans la région peuplée aujourd’hui de Kurdes (autres Indo-Européens, très différents des Turcs, sauf par la religion musulmane).

L’écriture hittite fut déchiffrée seulement en 1917 après J. C. par un Tchèque, Hrozny. On découvrit que les Hittites avaient non seulement des vassaux, mais aussi des alliés (parmi lesquels certains des « peuples de la mer », dont les Teucèriens, (c'est-à-dire les « Troyens »), les célèbres Philistins, apparentés aux Crétois de l’époque, les Minoens : tous Indo-Européens[1], très différents des Egyptiens et des Phéniciens (sémites). Cette coalition qui mit en péril l’Egypte sous Ramsès III était donc opposée aux Achéens, ancêtres des Grecs, donc également Européens.

Si nous suivons la démonstration, très étayée, de M. Moreu, la « Guerre de Troie », (mythifiée comme l’incident de Roncevaux opposant l’arrière-garde de l’armée de Charlemagne aux montagnards Vascons devint une bataille islamo-franque après La Chanson de Roland) serait un aspect d’un immense conflit qui embrasait tout le Proche-Orient vers 1190 avant J. C. avant la victoire de Ramsès III sur les Philistins, les Teucériens et d’autres « peuples de la mer ». M. Moreu ne donne aucune explication définitive à ces énormes migrations (les Philistins s’établirent en Canaan) à cette époque même. Ils semblent ( ?) avoir été poussés en avant par d’autres « Aryens » venus de Thrace ou du Haut-Dniestr. C’est à ce moment que fut détruite une ville bien plus importante que Troie, le plus grand port de l’âge de bronze, Ougarit. C’est vers cette date que se situe la « Guerre de Troie », agression des Achéens (ou Mycéniens) contre les Teucériens. Les costumes, boucliers et casques de ces derniers sont semblables à ceux des Philistins (différents de ceux des Achéens, des Hittites). Ces grands moments sont liés, selon Moreu, à la transition de l’âge du bronze à l’âge du fer et la tentative hittite de bloquer le commerce des marins Achéens. L’Iliade aurait donc une base semi-historique que nous commençons à comprendre au fur et à mesure des découvertes archéologiques.

Un érudit français, Emile Miréaux (1885-1969), a donné une interprétation économique, presque marxiste de la « Guerre de Troie » (livre d’autant plus étonnant que Miréaux fut « conseiller national » du Maréchal). Cette interprétation ne contredit pas, au contraire, celle de Carlos Moreu par la répercussion de la guerre hittiste et l’action des « peuples de la mer » contre les Achéens.

Jean José Marchand


[1] Issus donc de la civilisation des tumulus (Kourganes).

 

 

Accueil - Journal de lecture - mentions légales - contact